Qu’ai-je caché dans le texte ci-dessous ? Facile je pense… Il y en avait douze.
Notre rando à la Réunion dans le cirque de Mafate touche à sa fin.
C’est un morceau de sitar totalement improvisé par le serveur qui nous accueille à notre arrivée dans l’auberge.
Pilou et Andréa, la blonde et la brune, la petite et la grande, la LR et la socialiste, insensibles au charme du lieu, se disputent encore. « Non Pilou, personne n’est dupe ! Honte et gnangnan et hypocrisie et mensonge sont les quatre mamelles de ta droite fasciste », crie Andréa.
Michel propose une partie de 421 pour apaiser les esprits. Ils s’installent autour d’une table recouverte d’une nappe à carreaux qui n’a pas vu de lave-linge depuis longtemps.
Adélaïde a le gobelet bien en main et le secoue pour mélanger les dés. Elle s’interrompt quand le jingle de la Chronique’ta mère de France Inter retentit dans les hauts parleurs à bout de souffle de la radio.
« Chuuuut ! J’adore ! » s’écrie-t-elle en agitant les mains.
– joue donc, Adé, s’impatiente Pilou.
La saleté des tables n’a pas l’air de déranger le patron, qui astique son comptoir avec obstination tout en fredonnant Le Pénitencier d’une voix fluette qui ne lui va pas du tout.
« Ma chronique se termine ici » grésille la radio. Adélaïde l’éteint.
Michel sort une clarinette de son sac. Le serveur-musicien lui emprunte et l’inspecte d’un air professionnel. Il fronce les sourcils. « Elle n’a pas d’anche, ta clarinette, ironise-t-il.
– Tu as raison. Mais l’anche, on s’en passe », réplique sereinement Michel.
Il souffle dans l’instrument qui glapit quatre fausses notes dans un hoquet poussiéreux.
Adélaïde monte dans sa chambre et se lave les dents. Trace d’une lessive d’un précédent occupant, un peu de PAIC reste au fond du lavabo.
En bas le bruit a réveillé Lila, la fille de Michel. Il la prend dans ses bras et sort de l’auberge.
Il y a un peu de vent. Juste assez pour que la température soit idéale.
La vue depuis la terrasse panoramique est splendide.
Michel se penche vers la fillette et dépose un chaste poutou sur son front.
Il sourit rêveusement.
Sa barbe, blonde ou rousse selon la lumière, frémit doucement dans le faible souffle des alizés mourants.

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