Témoignage d’un proche de Stéphane Hessel
« J’ai bien connu Stéphane Hessel au collège. Je vivais pleinement mes treize ans et formais avec Joseph Charnaud, Damien Pohall, Amédée Lernisier et quelques autres une bande de lurons joyeux et farceurs.
Stéphane, le petit Allemand, se tenait en retrait. Il entrevoyait probablement déjà l’illustre destinée qui l’attendait et se prenait un peu trop au sérieux à notre goût.
Nous décidâmes de lui tendre un piège. Joseph eut l’idée de le faire boire de l’alcool… Il y eut en décembre, peu de temps avant Noël, une distribution de jus d’orange à la cantine. Ce fut l’occasion.
Moi et quelques autres avions mangé au premier service et jouions dans la cours ; Damien et Stéphane étaient à table pour le deuxième, et Amédée, posté derrière la fenêtre, devait nous faire un signe au moment crucial.
Damien avait piqué quelques centilitres d’eau-de-vie à son père ; il les versa discrètement dans un verre. Puis il se tourna vers Stéphane, lui offrit le gobelet piégé, et lui proposa de trinquer à l’éternelle amitié franco-allemande qu’annonçait l’évacuation en juin de l’Allemagne par les troupes alliées.
Stéphane accepta gravement, saisit le verre, le frappa délicatement contre celui de Damien, le porta à ses lèvres…
À ce moment-là, Amédée nous fit un signe. Nous accourûmes à la fenêtre de la cantine si vite qu’Amédée n’avait pas encore eu le temps de baisser le bras quand nous aperçûmes, hilares, D. Pohall saouler Hessel ! »

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