Le Berger Australien

Le Berger Australien

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Vosges, avril 2019. Une famille de pauvres bergers vit dans une grange. La bergère met au monde des quintuplés. Cette famille ne pouvant pas assumer l’éducation et l’entretien de ses 5 enfants, nous adoptons un des bébés. La petiote est de sexe féminin, nous la baptisons Samba. Nous l’accueillons dans notre foyer en août 2019.

Devant une boule de poils avec de grands yeux ronds 50 % des gens se mettent à pousser de petits cris « oh chouchouchou mimimi trop chouzounou ! », tandis que les autres haussent les épaules, dégoûtés.

Il y a deux sortes de bergers australiens : celui qui marche sur deux pattes et qui parle anglais avec un accent épouvantable, et celui qui a quatre pattes et qui aboie. Samba est une femelle du 2e type. Je te la passe.

« Mon nom est Samba. Il est extraordinaire que mes maîtres m’appellent ainsi depuis notre rencontre : comment diable ont-ils pu deviner ? Je suis née le 27 avril 2019 au Valtin, pas très loin de Domrémy-la-Pucelle, le patelin qui vit naître jadis l’autre bergère vosgienne célèbre [NdT : Mouais… En fait Jeanne d’Arc n’était pas bergère. Passons].

Qui sommes-nous ? Le nom officiel de ma race est Australian Shepherd (on prononce chépeurde comme dans « chépeurde Hunoir » ou « chépeurde Huméclay ». Les anglo-saxons, aussi feignasses que des cheminots cégétistes, rechignent à prononcer plus de 2 syllabes à la suite et abrègent en Aussie. Nous les Aussies adorons mettre le bazar partout où nous passons. Exemple, donnez une niche bien rangée à une Aussie, et elle aura tôt fait de la transformer en taudis. C’est l’origine de l’expression australo-vosgienne « Aussie taudis, Aussie tôt fait ».

Je suis très gâtée par la nature, avec ma belle fourrure tricolore dont je dépose délicatement, telles des offrandes, des dizaines de petites touffes sur le tapis du salon, ce qui fait le bonheur de mes maîtres chaque fois qu’ils en trouvent. Ma denture (les Aussie-dents) est parfaite, en particulier mes canines luisantes et aiguisées qui terrorisent les papillons et les vermisseaux du jardin.

L’Aussie-fication de mes maîtres fut facile. Ils adorent que je les promène en forêt. Moi, j’ai tant besoin d’adrénaline que je suis incapable de suivre leurs sentiers, je préfère monter et descendre à toute allure les pentes des vignobles bourguignons ; ils m’appellent « la 4×4 pattes ». Lors de ces randos sportives, quand j’ai dévalé en dérapage contrôlé un raidillon boueux et détrempé et que je les aperçois, superbes dans leurs habits du dimanche immaculés, je me rue vers eux et me jette dans leurs bras. Les cris de joie qu’ils poussent alors sont pour moi la plus belle des récompenses. »

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