Le Clairon de la Bresse

Deux CRS, et cesse !

Putsch aux Comores

Putsch aux Comores

|

AVERTISSEMENT. Je n’ai pas l’intention de vous informer, je préfère vous raconter une histoire. Elle est si farfelue que toute ressemblance avec les faits navrants qui se sont déroulés aux Comores en septembre-octobre 1995 est totalement impossible.

IL ÉTAIT UNE FOIS un monsieur qui s’appelait Robert Denard. Comme c’était un méchant, il décida de changer son prénom en Bob, ce qui, vous en conviendrez, fait beaucoup plus mercenaire.

Bob était assigné à résidence, ce qui l’ennuyait beaucoup car il adorait l’action. «Sacrebleu ! Il suffit ! » s’écrie-t-il un beau jour de septembre 1995. Appelé par des Comoriens amis pour virer du pouvoir le vilain président Djohar, il sort deux millions de dollars de sa tirelire…

[comment ça, d’où il les sort ? Je vous l’ai dit : de sa tirelire ! Laissez-moi poursuivre !]

… prépare une intervention musclée avec quelques potes, puis embarque pour les Comores.

Oui, hop, comme ça ! J’entends d’ici vos objections. « Et l’assignation à résidence ? Et le plan Vigipirate ? » Pourquoi m’interrompez-vous ? C’est une histoire, tout comme Batman. Batman, il s’en fout, du plan Vigipirate, non ? Eh bien voilà. Bob, c’est pareil.

Bref. Le 28 septembre 1995, Bob arrive en cargo en Grande Comore, débarque à Moroni, retrouve avec joie ses infâmes copains (arrivés on ne sait comment) avec lesquels il fonce au palais présidentiel, attrape Djohar et court l’enfermer dans un camp. Après, il revient et crie très fort « Maintenant c’est moi le chef ! ». Et tout le monde a peur…

… Tout le monde ! NON ! Car quelques Comoriens résistent encore et toujours. Exemple, Kaambi-el-Yachourtoui, le Premier ministre (qui aurait pu se prénommer Yoplé), file se réfugier dans l’ambassade d’un grand pays de l’ouest de l’Europe, s’autoproclame Président par intérim, et demande au Grand Pays en question d’envoyer plein de bateaux, d’avions et de soldats pour neutraliser la poignée et demie de méchants.

« AH NON ALORS !! » tonne Alain Jupp*, le Premier ministre du Grand Pays en frappant sur la table.

Mais c’est une ruse. En tapant sur son bureau, Alain J. a appuyé sur un bouton secret qui envoie un signal aux troupes franç… je veux dire du Grand Pays basées dans l’Océan Indien.

Mayotte, riante petite collectivité territoriale d’outre-mer du Grand Pays, voisine de la République Fédérale Islamique des Comores, voit alors son aéroport se remplir de Transall1 et d’hélicoptères Puma. Les militaires interdisent aux avions civils d’atterrir.

– Hé ! C’est pas ici le putsch, c’est à côté, crient les Mahorais qui n’ont rien compris au film.

Car il s’agit d’une nouvelle ruse ! Le 4 octobre, les Transall emmènent des centaines de militaires et de légionnaires à Moroni pour casser la gueule à Bob. Alain J. déclare « on va aider les Comores pour respecter les accords bilatéraux2 de défense entre nos pays contre une agression extérieure ».

Bob est furieux.

– C’est pas du jeu, s’écrie-t-il, on ne m’avait pas prévenu lors de nos entrevues secrètes avec… enfin, non, je dois pas le dire. Mais c’est dégueulasse ! Bon, d’accord, je vais me rendre, mais je vous préviens, il va falloir discuter !!!

Les palabres s’engagent alors entre Bob (66 ans) et les Grands Chefs de la Super Force d’Intervention du Grand Pays Costaud. Ça dure des heures. Bob finit par être raisonnable et capitule. Tout le monde est soulagé « Ha ha ! On a fini par le mater ! » L’hebdo de Mayotte se félicite alors du « courage de notre glorieuse armée » (sic).

La glorieuse armée évacue Djohar vers la Réunion ; il ne retrouvera pas son poste. Bien fait, il avait qu’à pas le quitter. Il déclare aux journalistes qu’il a été libéré par des compatriotes de ceux qui l’ont kidnappé, et qu’il n’y comprend plus rien (sic).

Aux Comores un gouvernement d’union nationale se forme, des élections démocratiques vont être organisées, tous les observateurs sont très heureux et eurent beaucoup d’enfants. Les Comoriens, qui avaient commencé par scander « les mercenaires dehors ! », trouvent que le Grand Pays s’incruste un peu trop et slogannent « les militaires étrangers dehors ! », mais bien sûr personne ne leur prête attention.

À Mayotte, c’est le grand frisson. Kolwesi chez les voisins ! « On nous cache des choses, ils ont débarqué avant le 4 et y a déjà plein de morts ! ». Mais le courrier est revenu, la barge3 n’a pas une minute de retard, grand est le Grand Pays.

ÉPILOGUE.

Bob D. est transféré à La Réunion puis retourne en Europe via Djibouti. Il va être jugé et puni par le Grand Pays, qui considère qu’il est hors de question de laisser juger ses ressortissants par de misérables républiques bananières de l’autre côté de l’équateur.

Le monde entier s’interroge sur le chef d’inculpation de Bob : « A quitté sa résidence surveillée sans autorisation » semble le plus plausible.

1Avion de transport militaire

2Il existe des accords BILATÉRAUX de défense entre la France et les Comores, ce n’est pas une blague. Par exemple si la France est envahie par l’Allemagne, les Comoriens débarqueront en Normandie. Comme la France est en paix, les Comoriens se contentent de débarquer à Marseille (10 % des Comoriens vivent dans les Bouches du Rhône).

3À Mayotte une barge fait la liaison entre Petite Terre et Grande Terre, les deux îles habitées.

Laisser un commentaire