« … Bien sûr, mais comment mettre Jean-jean à l’abri ? Il n’y a plus aucun endroit sûr !
— Je lui ai donné l’avant-dernier comprimé d’antiradiane.
— Mon Dieu, ayez pitié… »
Jean-jean ouvrit un œil et eut un grand sourire.
« Oh, Grand Doudou ! Tu es là ! Je suis content !
— Bonsoir mon bonhomme, tu sais que je viens toujours dans tes rêves quand tu as de la peine ou quand tu as peur. Qu’y a-t-il ? Raconte-moi.
— Depuis ta maison dans le ciel tu as dû voir ce qui se passe… Toutes ces cendres qui retombent sur la maison et chez les voisins et partout… Elles font tellement peur aux grands… Quand ça a commencé hier, Maman et Papa ont beaucoup crié et pleuré. Une dame a tapé à la porte cet après-midi, mais ils ne l’ont pas laissé entrer. Maman m’a dit que je n’irai plus à l’école, elle m’a donné un médicament et m’oblige à rester dans ma chambre. Regarde, la fenêtre est bouchée avec des draps et papa a cloué les volets. Mais je peux un peu voir par un petit trou, c’est tout gris dehors, il n’y a plus d’oiseaux ni d’autos. Papa et Maman avaient les yeux rouges en me disant bonsoir tout à l’heure. Ils ont très peur, même s’ils ne veulent pas le montrer. Alors moi aussi, Grand Doudou, j’ai très, très peur…
— Tu n’as rien à craindre, petit bonhomme. Tu sais, ma maison dans l’étoile au-dessus de ta tête ? Elle a un paillasson tout poussiéreux devant la porte. Et quand je l’agite, toute la poussière part dans l’espace… et retombe même sur la Terre ! Je suis bien désolé de salir vos maisons, je vais faire plus attention la prochaine fois. Tu vois, ce n’est rien…
Les immenses brasiers allumés par l’attaque nucléaire massiveéjectaient vers le ciel des milliers de tonnes de cendres grises imprégnées de poison radioactif, qui retombaient en contaminant indistinctement forêts, cours d’eaux, cultures, bêtes et humains.
Et tandis que dehors la fièvre, la douleur et la mort emportaient le monde, Jean-jean sourit en regardant la poussière du paillasson du Grand Doudou danser dans un pâle rayon de lune.

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