Le Clairon de la Bresse

Deux CRS, et cesse !

L’idée d’Eusèbe

L’idée d’Eusèbe

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Ariane de Langres frissonna longuement.

« Eusèbe, mon bon, comment supprimer ces affreux courants d’air qui glacent mon boudoir ? Feu mon époux avait fait pendre deux grands rideaux de tulle depuis le plafond jusqu’au ras du sol, mais las ! la bise les transperce, elle s’insinue… »

Eusèbe de Mortecloche, son fidèle conseiller, hocha la tête.

– Je sais ce qu’il vous faut, ô Princesse ! Je m’en vais de ce pas quérir le cuisinier !

– Le cuis… ??!? Commença-t-elle, mais Eusèbe avait déjà disparu dans l’escalier.

Il revint douze minutes plus tard, hors d’haleine, tirant le cuisinier par les cheveux. Il l’appuya contre un mur, le recoiffa, et le harangua en ces termes :

« Écoute-moi bien, Adhémar, tu vas sur le champ redescendre à ta cuisine et découper en rondelles des tomates, des courgettes, des… »

Tandis qu’ Adhémar notait à toute allure les consignes d’Eusèbe, Ariane tentait de se souvenir de la sanction prévue pour un conseiller qui devenait foldingue. La potence ? Le pal ? Oui c’est cela. Le pal.

« … Tu mets au four le tian à 160°C pendant une heure, et tu remontes ici quatre à quatre avec le plat brûlant ! EXÉCUTION ! ».

Adhémar disparut.

Ariane toisa Eusèbe d’un regard mauvais « J’attends vos explications, Eusèbe. ».

– Vous comprendrez, ô Princesse, lorsque je reviendrai avec Adhémar dans quatre quarts d’heure et que nous chasserons votre souci vers le monde des mauvais souvenirs. Je descends le surveiller. »

À l’heure prévue, Eusèbe et Adhémar entrèrent dans le boudoir. Eusèbe arracha les rideaux de tulle, et Adhémar déposa le tian fumant en travers de l’entrée du boudoir.

Ariane commença à composer le numéro du corps de garde. Mais elle interrompit son geste. Un nouveau filet d’air s’était glissé dans la pièce. Il n’était pas glacé : le plat brûlant l’avait réchauffé. Le souffle tiède s’enroula comme une écharpe autour du corps frissonnant d’Ariane.

Elle eut un grand sourire. « Adhémar, tu me monteras un tian bien chaud chaque matin. Eusèbe, merci. Laissez-moi seule maintenant ».

Ils s’éclipsèrent.

Ariane passa la journée suivante à se prélasser et à écrire des vers dans son boudoir, devenu un cocon doux et apaisant. Le soir, elle fit mander Eusèbe. Elle le remercia à nouveau, et lui demanda comment il avait eu cette idée géniale.

Il prit une voix modeste « Ce fut très simple, ô Princesse. Tout le monde sait qu’un tian vaut mieux que deux tulles au ras »

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