« Linn se serait-elle trompée ? »
Foss était plongé dans ses pensées en arpentant la forêt de bulbes de la région à laquelle il était affecté. Sa collègue et amie, Linn, une inspectrice expérimentée, avait rédigé la veille un rapport alarmant évoquant la forte probabilité de présence d’Étrangers dans cette forêt. Cela faisait plus d’une heure que Foss et son bloqueur Sitt patrouillaient, passant d’un bulbe à l’autre et examinant chacun attentivement à la recherche des signes. En vain ; chaque bulbe paraissait sain et solide.
Ce fut en s’approchant de celui qui se trouvait à l’intersection de deux alignements que Foss commença à ressentir une impression bizarre. Il l’étudia en détail tandis que Sitt se tenait un peu à l’écart, prêt à intervenir. L’inspecteur trouva au bulbe une allure inhabituelle. Il se gratta la tête,
avança, recula, puis s’approcha à nouveau et se mit à le palper. Quelque chose ne collait pas, mais il ne parvenait pas à exprimer quoi. Le bulbe était ventru – peut-être plus que les autres ? – d’une couleur brune normale dans ce monde, et solidement planté dans le sol. Il se prolongeait vers le ciel par une tige fine qui se lançait dans des hauteurs si vertigineuses qu’un inspecteur de la taille de Foss ne pouvait apercevoir le sommet. Il se mit à tourner autour, le reniflant longuement et minutieusement. C’est alors qu’il perçut l’Odeur, si faiblement au début qu’il douta de son sens olfactif, mais de plus en plus présente.
L’odeur d’un Étranger ! Le mal avait dû s’introduire dans la partie renflée, profitant du court délai entre deux Inspections. Foss se redressa et continua de sentir. Le haut du bulbe, le début de la tige… Tout était imprégné de l’Odeur, qu’il sentait très nettement maintenant.
Il recula, tous les sens en alerte. « Par Nucléus ! Mais c’est le bulbe et la tige qui sont contaminés ! », s’écria-t-il. Le bloqueur prépara rapidement son matériel, alignant la pompe à membrane, les bouchons de pores et les pièges à Étranger non loin du bulbe malade.
Foss connaissait parfaitement la conduite à tenir dans cette situation. Il émit à la puissance maximum le signal indiquant la découverte d’un Étranger : du renfort arriverait bientôt. Puis il ordonna à Sitt de neutraliser le bulbe atteint. Le bloqueur boucha tous les pores respiratoires à la base du bulbe et mis en marche la pompe qui sécréta une membrane poisseuse avec laquelle il
entoura le bulbe, isolant à l’intérieur l’Étranger qui en avait pris possession.
Enfin il disposa quelques pièges autour de la tige.
Très rapidement, le bulbe perdit du volume et se ratatina. La tige, qui n’était plus maintenue, s’effrita et se cassa en deux près de sa base. L’immense partie supérieure s’effondra, manquant écraser Sitt. L’Étranger était vaincu. Mais y en avait-il d’autres ? Et combien ?
L’escadron d’intervention, formé de tous les inspecteurs de la région accompagnés de plusieurs centaines de bloqueurs, arriva sur les lieux. Les bulbes des alignements voisins furent vérifiés et déclarés atteints également ; il fut alors décidé de créer un périmètre sanitaire de protection.Les inspecteurs délimitèrent la zone dans laquelle les bulbes devaient être détruits. Tout se passa en quelques jours. Les bloqueurs passaient d’un bulbe à l’autre, les enveloppaient, les tiges s’écroulaient… Une immense clairière, de forme vaguement arrondie, remplaça ainsi une partie de la dense forêt initiale.
Le lendemain une autre région signalait qu’elle avait été victime d’une attaque semblable et qu’elle aussi était en train de créer un périmètre sanitaire.
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Le jeune homme brun désigna ses cheveux et expliqua : « c’est apparu il y a une semaine, docteur ». Le médecin examina le cuir chevelu : une zone dépourvue de cheveux, de forme vaguement arrondie, était nettement visible au-dessus de l’oreille. Une autre plaque de pelade, plus petite, était en train de se former à l’arrière de la tête.

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